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List: ALBSA-Info

[ALBSA-Info] Ditari i Drita Comos - L'Humanite

Agron Alibali aalibali at yahoo.com
Fri Oct 29 12:46:34 EDT 2004


Culture

 Tragédie et espoirs albanais                        

Journal. Aussi intimes que clandestins, protégés de la
destruction par sa mère, Drita çomo nous lègue des
feuillets d’une rare intensité sur sa vie quotidienne.

                     
                    

 Drita Çomo



Cette lueur qui monte



de l’abîme,



préface d’Ismail Kadaré, traduction de l’albanais
d’Edmond Tupia



Éditions du Rocher, collection « Lettres albanaises »,



140 pages, 16 euros.



 Drita Çomo aurait certainement été reléguée dans les
limbes de l’histoire sans l’obstination triste de sa
mère, Liri Belishova.



Personne n’aurait connu le destin qu’elle endura,
elle, Drita, la petite-fille de dirigeants communistes
albanais condamnés par un pouvoir qui s’employa, avec
une frénésie endurante, à une répression
« raisonnée ».



L’histoire, dans le journal aussi intime que
clandestin, rédigé par Drita Çomo, imprime son cours
dévastateur sans, pourtant, que son auteur emprunte le
pathos ordinairement dévolu aux victimes dans les
mauvais théâtres. Elle ne pleure pas, elle ne
s’appesantit pas sur son sort, elle décrit, sans
hystérie, jour après jour, et tant qu’elle en a eu la
force, une vie singulière et nourrie, néanmoins,
d’espoirs.



En fait, la tragédie aura devancé Drita Çomo.



Sa mère, Liri Belishova, fut considérée, en Albanie
communiste, comme une héroïne nationale, surgie des
rangs de la Résistance.



Elle occupa des fonctions éminentes et son mari fut
nommé ministre.



En 1961, l’Albanie d’Enver Hoxha rompit ses relations
avec l’Union soviétique, en voie de dégel. Liri
Belishova adopta une position réformatrice, impulsée
par le Kremlin. Elle le fit dans des circonstances
confuses sinon douteuses : on la sanctionna pour des
propos tenus avant que le divorce ne fût annoncé puis
consommé entre Tirana et Moscou. Du jour au lendemain,
après un procès interne qui nécessitait un sacrifice
de taille afin de juguler toute velléité d’évolution,
on la priva de ses prérogatives et on l’exila dans une
ville éloignée de la capitale où elle travailla comme
manutentionnaire. Son mari fut emprisonné ainsi qu’un
oncle de Drita Çomo. Cette dernière suivit sa mère.



Cette situation se compliqua d’un cancer. C’est ainsi,
qu’elle habita, aussi, un pavillon des cancéreux.



Drita Çomo mena une existence adolescente ponctuée par
de fréquents séjours à l’hôpital de Tirana.



Son témoignage reste d’autant plus précieux qu’elle
rapporte sur un mode retenu une atmosphère
irrespirable où les détails jouissent du même statut
que des morceaux de bravoure.



Le régime d’Enver Hoxha adopta une attitude
« généalogique ». La classe se confondait avec la
lignée. La parenté rendait suspects tous les membres
d’une famille de condamnés.



Drita Çomo (elle se promettait à l’écriture et
composait des poèmes) brosse une fresque tranquille et
hallucinée sans verser dans les excès réprobateurs et
indignés, convenus en quelque sorte. Sa simplicité
outrage le malheur. De là, sans doute aucun, provient
la force de son journal, son efficacité. Elle ne
s’offusque pas, a priori, elle dresse un constat. Au
travers de ses aspirations, comme par le truchement de
données qui l’affectent, elle dit une férocité qui
n’exclut cependant pas des joies ou des plaisirs de la
vie.



Le journal de Drita Çomo fut conservé par sa mère qui
le gardait dans son sac afin de le distraire à la
police politique.



Le plus obscur de cette histoire survint lorsque Drita
agonisait au service d’oncologie de l’hôpital de
Tirana. Ismail Kadaré le traduit dans la préface.
Hollywood aura vulgarisé le comique de répétition. Les
régimes communistes auront eu le privilège dun
tragique du même genre, jusqu’à l’absurde. Drita Çomo
en est comme un paradigme. Elle était destinée à une
exécration. En Albanie, syndrome pascalien, dans
certains cas, on ne naissait pas impunément, mais pour
expier une faute prétendument originelle.



Drita Çomo nous a légué des feuillets d’une rare
fraîcheur et d’une rare intensité. À défaut de la
sauver, l’écriture, une écriture fluide et dépourvue
d’artifices rhétoriques, aura du moins préservé son
intégrité. Sa mémoire ne nous est pas étrangère.
Ismail Kadaré nous le rappelle dans la présentation où
il lui appartient de clore le récit.



Pour les amateurs de contexte, soulignons que la
rupture de l’Albanie et de l’URSS forme l’essentiel de
l’Hiver de la grande solitude (Éditions Fayard)
d’Ismail Kadaré et que les Quatre Interprètes (Stock),
qui traitent du même sujet, résulte d’entretiens avec
les traducteurs d’Enver Hoxha. Un témoignage de Liri
Belishova, actrice de premier plan de cette histoire,
y est également consigné.



Enfin qu’on sache que Drita signifie lumière en
albanais et Liri, liberté.



Denis Fernandez-Recatala

http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-10-28/2004-10-28-448833


		
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